Big Frank

C’est spécial de voir comment les perceptions peuvent être différentes d’une personne à l’autre face à une perte de poids significative. Surtout la perception qu’on a de soi-même.

Les personnes qui me revoient pour la première fois depuis les Fêtes (à mon plus haut) tombent de leur chaise…même s’ils sont debouts!  Certains me félicitent, d’autres ont des regards inquiets. Vous savez, du genre: « Cou’donc, yé-tu malade? »  Ben non, justement c’est tout le contraire, je me guéris!

Plusieurs me demandent quel est mon secret. Comme si j’avais découvert une potion magique. Il n’y en a pas de secret voyons. L’industrie multi-milliardaire de l’obésité baigne dans le charlatanisme mesdents et mesyeux! Tout le monde sait, au fond, que la seule véritable façon de perdre du poids de façon durable se résume à deux choses: manger moins et bouger plus! Tous ceux qui ont du poids à perdre depuis longtemps savent ça. Et pourtant, on cherche la solution facile. Désolé, si les habitudes de vie ne changent pas…le poids reviendra. Garanti!

Ceux qui me voient régulièrement remarquent beaucoup moins le changement. C’est un peu normal car l’image mentale qu’ils ont de moi a le temps de s’ajuster tranquillement avec la perte de poids. Évidemment, c’est surtout les femmes qui remarquent. Du moins, ce sont elles qui osent m’en parler. Mettons que ça fait mon affaire  😉

Mais au-delà de tout ça, ce qui est spécial c’est comment on perçoit les changements par soi-même. Au début, dans mon cas anyway, c’est de retrouver la sensation d’avoir faim. Personnellement, j’aime bien. Pour d’autres, c’est difficile à vivre. Mais c’est un incontournable pour un bon bout de temps. Le rétrécissement de l’estomac est une étape nécessaire de toute perte de poids. Plus il est grand, plus ça prend de bouffe pour le combler…facile à comprendre.

Ensuite, très rapidement, on se sent mieux…plus d’énergie, les mouvements deviennent plus faciles, on a l’impression de marcher plus vite (ce qui est vrai en fait), le sourire revient tranquillement, on dort mieux…ah! dormir…wow…quel plaisir retrouvé! Mais on a beau se regarder plus souvent dans le miroir, visuellement, ça ne change jamais assez vite à son goût malgré une perte significative. Il faut s’en remettre au changement le plus facile à voir et honnêtement à un des plus réjouissants et motivants: les vêtements!

Pouvoir porter du linge qu’on ne mettait plus depuis des lunes parce qu’on n’entrait tout simplement pas dedans, c’est tellement trippant! Pis là, je ne vous parle pas de linge qui était trop serré…non non non…je parle de linge que je ne pouvais même pas enfiler!!!

D’ailleurs, un des mes motivateurs importants comme atout dans ma perte de poids c’est d’acheter un vêtement neuf en sachant très bien que je ne peux pas entrer dedans…et de voir comment, de semaine en semaine, je me rapproche du jour où je pourrai le porter fièrement. Et même s’il ne sont pas neufs j’ai une ptite paire de jeans que j’ai portés quand j’avais 20 ans…ce sont des 32. C’est ça mon objectif. Le jour où je porterai mes Levis 501 de taille 32…j’aurai gagné la plus grande bataille de ma vie!  Et ce jour-là…la deuxième plus grande bataille de ma vie va commencer: celle de pouvoir continuer à porter mes 32 tout le reste de ma vie!

J’hésite à mettre ma photo du 29 décembre sur mon blog et de vous mettre des photos « d’étapes ». Probablement que je vais attendre au photo-finish du « Avant-Après ». Disons que je ne suis vraiment pas exhibitionniste pour deux cennes et j’aime bien me garder le minimum d’anonymat qu’il me reste. Mais j’ai quand même envoyé ma photo « Avant » à Emgee avant notre rencontre…elle m’a dit que ça paraissait…juste un ptit mot gentil qui encourage  🙂

Ça fait toujours bizarre de rencontrer du monde qui ne m’ont pas vu à mon plus gros et de leur parler de ma perte de poids…c’est comme si je pensais toujours qu’ils pouvaient en douter. (Car, il faut bien être honnête ici mais je crois que vous l’avez déjà compris, on ne perd pas le poids que j’ai perdu à date de façon aussi rapide sans en avoir beaucoup à perdre!) Je sais bien, ça, c’est mes bibittes… mais bon, c’est pourtant vrai que je le vis comme ça. On aurait le goût que tout le monde ait l’image du plus gros en tête…de se cacher dans sa tannière et de ne ressortir qu’une fois la bataille terminée pour que tout le monde capote…mais bon, au fond, il faut s’en crisser: « I do this for ME…I do this for ME…I do this for ME……Meeeeeeeeeeeeeeeeeee!!! »

« De moins en moins Big » Frank 

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Livre: Ma vie au Nunavik (14)

Skidoo-dlidoo

Samedi 19 septembre 1998 : Bon, c’est fait. Je me suis arrangé avec mon père et Contant Skidoo à Laval pour qu’ils me mettent ma nouvelle fusée MxZ jaune sur l’avion le plus tôt possible. Comme le budget est assez limité de ce temps-là, j’ai dû m’en remettre à acheter uniquement un 440 mais ça va faire la job quand même. C’est assez surprenant tout de même, dans un milieu comme celui-ci, que cette petite fusée sera la motoneige la plus rapide du village. Je m’attendais à voir des 700 ou des 800 ici…mais non. Tant mieux, ma réputation de courseur ne s’en portera que mieux!   😉

 

Jacques, le mari de Véro, a également utilisé la même méthode mais il a dû se limiter encore plus : il a mis sur le même avion, un joli petit tape-cul Bravo de Yamaha. Je ne suis pas certain qu’il sache dans quoi il s’embarque…voyez-vous, le Bravo n’a pratiquement aucune suspension, on est assis à 12 pouces du sol pis Jacques doit bien mesurer 6 pieds…il va avoir les genoux dans le guidon, c’est certain! Mais bon, budget oblige, c’est mieux que rien.

 

Ça risque de prendre quelques semaines avant de les recevoir puisque Air Inuit va vouloir les mettre tous les deux dans le même avion et que ça prend pas mal de place. Bon, ya pas encore assez de neige de toute façon alors, on les prendra quand ils arriveront.

 

J’ai hâte!

À suivre…

S’impressionner soi-même

Ben là, honnêtement, je commence sérieusement à m’impressionner moi-même. Cette semaine? Un autre 9 livres de moins! Ça fait un flabergastant 42 livres en 3 semaines! Ayoye!

Et le pire c’est qu’on pourrait penser que je me sens faible et amorphe mais c’est vraiment tout le contraire! J’pète le feu!!! Heureusement d’ailleurs parce que là le travail me sort par les oreilles, le nez, la bouche pis même le tr………!!!

On lâche pas mon Frank, c’est tiguidou en ta!  :mrgreen:

À suivre…

Livre: Ma vie au Nunavik (2)

C’est un départ

(***Essai de couleur…)

Lundi, 10 août 1998, 9h30, j’embarque dans le 737 de First Air à Dorval, direction Kuujjuaq. Avec cette longue période dépressive, j’avais atteint le plateau hallucinant des 340 livres. Peut-être avez-vous déjà trouvé que vous étiez tassés dans un avion. Imaginez à 340 livres. Bref, je prends place à mon siège désigné…horreur, je ne rentre pas dedans! Après 3 minutes à rougir et à retenir mes larmes, je demande à l’hôtesse si c’est possible de changer de siège pour un où les appuis-bras se lèvent afin que l’hippopotame puisse s’asseoir. Je sens que je la dérange. Clairement, elle n’éprouve pas d’empathie pour ma situation. Évidemment, elle ne pouvait savoir que sans un certain coup de téléphone donné 6 semaines auparavant, c’est possiblement plutôt dans un cercueil que mon gros cul aurait eu de la difficulté à entrer.

Finalement, elle me dit qu’elle pourra me donner son siège après le décollage mais que je devrai être au milieu en attendant. Je change donc de place la tête baissée et je m’installe à côté d’une petite brunette frisée. C’est clair, je la dérange, elle aussi. J’essaie de me faire le plus petit possible mais je suis extrêmement mal à l’aise. Pourtant, 10 minutes plus tard, c’était le début d’une des grandes amitiés de ma vie :

« Bonjour, tu travailles à Kuujjuaq? »

« Non, je suis une nouvelle enseignante pour la Commission scolaire Kativik. Je m’en vais à Salluit pour une semaine d’orientation. »

« Ah oui? Wow, même chose pour moi! »

« Le monde est ptit. Moi c’est Véronic, toi? »

« François, enchanté. Tu vas enseigner dans quel village? »

« Kangiqsujuaq. »

« Hein? Tu me niaises, moi aussi!!! Super! »

«Je vais enseigner le français au secondaire, deux groupes, 1-2 et 3-4-5, toi? »

« On va avoir les mêmes élèves parce que je dois enseigner les mathématiques et les sciences physiques aux 3-4-5 en plus de l’Éducation des Adultes. »

C’est comme ça que tout a commencé entre Véro et moi. J’apprends qu’elle monte seule et que son mari, Jacques, un alsacien d’origine, va la rejoindre à Kangiqsujuaq dans quelques semaines.

On continue à jaser une fois rendus à Kuujjuaq parce qu’on doit attendre un autre avion, un HS748 d’Air Inuit cette fois, pour se rendre à Salluit pour notre semaine d’orientation. On rencontre également Carlos et Guylaine, un couple d’enseignants et Johanne qui vont tous également enseigner à Kangiqsujuaq. Ça risque d’être pas mal intéressant d’être un petit groupe de nouveaux. Au moins on va pouvoir partager plusieurs des mêmes difficultés.

Carlos a évidemment des racines latines, du Guatemala si j’ai bien compris. Tout comme Guylaine, son expérience d’enseignement est assez limitée. Par contre Johanne a plusieurs années d’expérience derrière elle. Son conjoint, Robert et leur fils William doivent les rejoindre là-bas. Pas mal sympathiques au premier abord.

Comme le vol en 748 se fait à une altitude beaucoup plus basse que le 737 (10000 pieds plutôt que 33000) et que le temps est beau, je peux facilement distinguer le sol du haut des airs. La fameuse toundra. Disons qu’on est loin des champs de lavande ou de coquelicots de la Provence! C’est d’un magnifique…brun! J’y vois quelques lacs. À moins que ce ne soient des flaques d’eau? Mais surtout, je vois plusieurs amas de neige qui ne sont pas encore fondus. Ouf, encore de la neige le 10 août? Ok, je comprends assez rapidement qu’il n’y a que 3 saisons au Nunavik : l’hiver, après l’hiver pis avant l’hiver. Et les deux dernières doivent durer quelques semaines tout au plus! Mais bon, ça tombe bien, j’adore l’hiver. Disons que c’est assez primordial pour décider de venir vivre ici non?

Arrivée à Salluit. On nous entasse tous dans un autobus scolaire et on descend une côte, de l’aéroport jusqu’au village, qui doit être à 30%. Pas de farce! J’ai jamais eu si peur en autobus. En plus, ya une grande courbe en plein milieu! Non mais c’est quoi l’idée au juste??? Est-ce que je viens de découvrir l’ingénierie Inuite? Heureusement, on arrive au village sans se casser la gueule.

Salluit est entouré de montagnes. C’est vraiment beau quoi que ça me semble un peu tassé. Mais pas de doute, c’est beau, beaucoup plus que ce que j’ai pu voir de Kuujjuaq qui me semble terne, plutôt plat. Ici, la topographie est aux antipodes. C’est difficile à dire mais les montagnes doivent bien faire 1200-1400 pieds. Comme il n’y a pas d’arbre, c’est difficile de juger, on n’a pas de point de repère. Mais elles ont l’air toutes proches et très loin en même temps.

Pour notre « orientation » la commission scolaire a décidé de nous loger chez des familles d’Inuit. J’ai un peu d’appréhension mais ça me plait vraiment de plonger à deux pieds dans cette nouvelle vie. Je rencontre donc mes hôtes, Charlie et Peta. Un couple du même âge que moi. Super accueillants. Charlie parle un français très acceptable. Le temps de me présenter, je remarque qu’il y a quelque chose comme 38 enfants dans la maison! Bon disons 6 mais quand même. Euh, c’est une commune ou quoi?

« Vous avez 6 enfants Charlie? »

« Non, non, ya plusieurs amis, j’en ai juste 3. »

Trois enfants à 27 ans…pas mal plus avancé que moi le Charlie. J’en apprends rapidement sur lui. Tout un hasard, Charlie vient de Kangiqsujuaq! Ses parents et ses sœurs sont toujours là-bas. Il a décidé de venir vivre à Salluit quand il est tombé amoureux de Peta. Je comprends pourquoi. Peta est très jolie et son sourire est à faire fondre les cœurs.

On m’installe dans une petite chambre pour moi tout seul et déjà je me sens mal. C’est que les enfants vont devoir partager un lit pour me laisser leur place. J’ai compris par la suite que ça arrive très souvent et qu’il ne faut pas m’en faire, bon, ok.

Les activités « d’orientation » débutent le lendemain matin à 9h00 à l’école, on a donc notre soirée. J’en profite pour faire connaissance avec la culture. Et Charlie a décidé qu’il n’y irait pas avec le dos d’la cuillère! Il me montre un phoque qu’il a chassé la veille. Il en coupe plusieurs morceaux. Je m’attends à devoir y goûter cru, j’avais quand même quelques notions de base, mais c’est une toute autre surprise qui m’attendait!

« Tiens, mange-ça, c’est délicieux! »

« Un œil de phoque??? »

Bon, pour ceux qui n’ont pas encore dit « ouach dégueux », je vous explique. L’œil d’un phoque est de la grosseur d’une balle de golf. Essayez seulement de vous mettre une balle de golf dans la bouche pour voir!!! Et maintenant, la meilleure façon de vous faire comprendre, c’est en évoquant des sons. Manger un œil de phoque, ça fait : « crounch…squish »!!! Disons que ça éveille tous les sens!!! Pour le goût, c’est impossible de comparer. C’est très intense. Disons seulement que si j’avais pu prendre un grand verre de Tabasco par la suite pour pouvoir m’enlever ce goût-là de la bouche, je l’aurais fait sans hésiter. Je ne crois pas que ça devienne une entrée du terroir chez Toqué!

Plusieurs m’ont demandé pourquoi je n’ai pas tout simplement refusé gentiment. Il faut comprendre que j’étais là aussi pour intégrer une nouvelle culture et que Charlie m’a fait comprendre, de la façon dont il m’a présenté « l’offrande » que c’était un véritable cadeau qu’il me faisait. Je ne pouvais pas refuser sans l’offusquer. Du moins, c’est ce que je pensais à ce moment-là. Car, je me suis bien rendu compte après les quelques jours passés en sa compagnie que Charlie aime bien rire. Est-ce qu’il m’a joué un tour pour voir si j’avais du cran? C’est bien possible. Faudrait que je lui demande un jour.

Mardi-Mercredi et Jeudi sont tous des jours d’ateliers. Plusieurs personnes se succèdent pour nous expliquer plein de choses. En général, c’est d’un ennui mortel. Une succession de Qallunaat (autrefois utilisé pour parler des Blancs, il réfère maintenant aux non-Inuit ou allochtones pour les puristes) qui essaient de nous parler de la culture et des programmes Kativik. Plusieurs d’entre eux ont l’air blasés. Anne, Michèle et Luc notamment, le conseiller pédagogique en mathématiques. C’est clair, il a juste hâte de retourner à Montréal. Car oui, aussi bizarre que ça puisse paraître, les bureaux de la CSK (Commission scolaire Kativik) sont tous à Montréal. Non mais comment peut-on penser donner des services adéquats de cette façon? On me dit que les conseillers voyagent régulièrement dans les communautés. Ah oui? Ça coûte $2100[1] pour un aller-retour Montréal-Kangiqsujuaq, ils doivent avoir tout un budget pour visiter les 14 communautés comme ça!

Heureusement, dans tout ce groupe de blasés, il y en a un de vraiment allumé : Jacques Pasquet. Écrivain et conteur émérite, Jacques est originaire de la France mais est au Québec depuis une vingtaine d’années. Il a toujours été fasciné par le Nord, les grands espaces. Il a réussi à joindre toutes ses passions en devenant conseiller pédagogique en français pour le secondaire.

Contrairement aux autres qui nous bourrent le crâne des « superrrrbes » programmes Kativik[2], il nous fait comprendre ce que c’est d’apprendre en langue seconde en nous présentant des textes en espagnol. C’est génial à mon avis. J’ai tout de suite connecté avec Jacques. Comme il s’occupe du français, je ne sais pas si j’aurai l’occasion de lui jaser un à un dans le futur. J’espère qu’il pourra visiter Véro, j’en profiterai!

Jacques est devenu un bon ami depuis. Je ne le vois malheureusement pas souvent mais je sais qu’il est là et je crois qu’il sait que je suis là aussi pour lui. 

Bref, ces trois jours sont d’une inutilité consommée mis à part la rencontre avec Jacques. Le jeudi midi, après avoir bu de l’eau directement du robinet, mon système digestif se rebute. Qui pourrait croire que l’eau, dans une région où tout semble si pur, puisse me causer des troubles intestinaux? Et bien oui. Il faut croire que les bactéries qu’elle contient ne sont pas les mêmes qu’au Sud et que le corps n’aime pas.

Ça tombe mal parce que le vendredi est réservé pour une excursion. Bon, pour la toundra j’aurai amplement le temps de me reprendre à Kangiqsujuaq mais ça m’attriste de rater le contact avec tous les autres profs. Enfin, c’est la vie.

Je passe donc le vendredi à discuter avec Charlie en attendant le lendemain matin pour prendre l’avion vers Kangiqsujuaq. Salluit est bien beau mais j’ai vraiment hâte de pouvoir m’installer chez moi et commencer à préparer mes cours parce que les élèves entrent en classe mercredi prochain.

Vers l’heure du souper, les profs reviennent de l’excursion. Mais ils ne sont pas les seuls à arriver. Un brouillard d’enfer s’accroche aux montagnes. Comme l’aéroport est au sommet, j’ai peur pour mon vol. Et j’ai bien raison parce qu’aucun avion n’a pu décoller Samedi.

Vous pouvez voir ce dont je parle dans la photo au haut du billet. Pour vous aider à comprendre, les montagnes vont jusqu’au haut de la photo, dans la purée de pois…et c’est là que se trouve l’aéroport!

Ce n’est donc que Dimanche matin que j’ai dit au revoir à Charlie en lui faisant promettre de venir me voir quand il sera de passage à Kangiqsujuaq. Comme premier contact avec les Inuit, je ne pouvais vraiment demander mieux que lui. En quittant, je lui demande comment dire mon nom de famille en Inuktitut : Arqutitsiaq. Je vais me présenter comme ça à mes élèves. Une belle entrée en matière non?

À suivre…


[1]               10 ans plus tard, en 2008, le prix de ce billet était rendu à $3900!!!

[2]               Les programmes Kativik de l’époque étaient absolument ridicules. J’y reviendrai plus tard.

Renaître

Bon, pour ceux qui ont lu les quelques derniers billets de 2009, je vous ai parlé de ma Renaissance 2010. Voici donc le temps de vous faire les confidences sur ce que je veux dire:

 Fouillez-moi pourquoi mais depuis l’âge de 10 ou 12 ans, je répète à qui veut l’entendre que je vais mourir à 55 ans. Je n’ai jamais vraiment identifié la raison qui me poussait à dire ça mais il en est ainsi. Sans véritablement croire au fait que 55 sera la limite, j’ai eu des habitudes de vie, dans les dernières années, qui avaient des airs de « self-fulfilling prophecy »…comme si je m’arrangeais pour que ça soit vrai. Comme si mes dernières paroles seraient « j’vous l’avais bien dit que j’crèverais à 55 ans! ». Pas mal niaiseux n’est-ce pas? Mais bon, au-delà de ça, de façon plus précise, quelques années de noirceur et mon poids a perdu les pédales, ajoutons la cigarette par-dessus tout ça et fallait évidemment que j’arrête presque totalement de bouger! Mettons que pour un gars dont le 2e bac est en Enseignement de l’activité physique et un entraîneur certifié, ça fait dur en bout d’viarge!

 Ceci dit, je n’aime pas l’expression « résolution de nouvelle année » car c’est trop souvent associé à des conneries mais surtout parce que le 1er janvier ne veut rien dire de particulier dans ma Renaissance…d’ailleurs, j’ai commencé le tout, de façon intense, le 29 décembre, alors ça ne compte pas! 

 Mais bien au-delà de la nouvelle année qui débute, sachez qu’il y a 219 jours entre le 29 décembre et mon 40e anniversaire. Et ÇA, ça veut dire quelque chose pour moi. Vieillir, surtout quand on se sent terriblement mal dans sa peau, c’est pas comique. Alors, non seulement ai-je décidé de vivre beaucoup plus vieux que 55 ans, mais je veux le vivre en santé! Je veux être actif comme par le passé…champion régional de badminton au secondaire, 2e compteur de la ligue de hockey de l’UdeM…je veux retrouver le sourire, je veux me donner une autre chance de retrouver l’amour…bref, j’veux VIVRE calisse!!!

 Pour ceux qui l’ont déjà vécue, ce genre de période de noirceur est véritablement un cercle vicieux…et j’en étais rendu au point où rien ne me tentait à part mon travail actuel, pis encore. Ça devient pesant en criss un moment donné!

 Et bien, justement, je peux vous l’annoncer ici en primeur, dépendant de ce qui arrive avec les négos et mon travail à l’exécutif après juin 2010, j’ai maintenant le goût de remonter dans le Grand Nord…faire un autre bout là-bas. J’y ai laissé une vie, une sorte de 2e famille qui même après 3 ans d’absence physique est toujours aussi présente en moi et dans mes échanges électroniques. Et sinon, je sais maintenant que j’aurai la « drive » pour aller ailleurs, changer de domaine…mes compétences sont, je le sais, très recherchées et je ne suis pas inquiet professionnellement.

 Je l’étais personnellement…mais c’est du passé. Je suis maintenant déjà ailleurs…je suis sur une autre route…car ma Renaissance est amorcée!

 Ceux qui me connaissent bien savent que quand je me mets quelque chose en tête, rien ne m’arrête. Croyez-y ou pas, j’m’en balance! Mais vous lirez bel et bien les étapes franchies pendant ces 219 jours.

 Vive la vie!

Discussion mentale (Renaissance 2010)

FrankyBbad: Bon c’est quoi encore c’t’osti de niaisage-là de Renaissance 2010 que tu nous prépares?

FrankyBgood: C’est pas du niaisage, c’est le thème du coup de barre que je m’apprête à donner à ma vie.

FrankyBbad: Ouen ouen, une autre résolution de nouvelle année que tu vas lâcher le 2 janvier?

FrankyBgood: Ah, c’est là que tu te trompes! J’en ai rien à foutre des résolutions. Mais le changement de calendrier, tu peux quand même avouer qu’il y a un renouveau dans tout ça non?

FrankyBbad: Ben oui niaiseux, au lieu du calendrier de chars, tu changes pour le calendrier de la pharmacie du coin. Beau renouveau!

FrankyBgood: T’as rien compris, arrêtes-donc d’être négatif! J’te parle pas du calendrier en papier connard! Le changement d’année! La lente remontée vers des journées ayant plus d’ensoleillement! La lutte naturelle contre l’hiver qui débouchera vers la fleuraison de belles couleurs! C’est à cette renaissance-là que je fais référence et au lien que je fais avec ma propre vie! T’es pas bouché au point de pas comprendre ça quand même?

FrankyBbad: Bon bon bon, pourquoi cette année? Hein, qu’est-ce qu’elle a de spéciale?

FrankyBgood: Maudit niaiseux…regarde-donc ton permis de conduire pour le fun? Si tu sais encore lire, tu vas comprendre qu’en août 2010, on va franchir une étape cruciale dans notre vie! Pis si on veut non seulement franchir cette étape-là mais aussi celle qui viendra ensuite, ça va nous prendre une renaissance sérieuse mon vieux parce qu’on passera pas au travers sinon.

FrankyBbad: Pis, c’est quoi, de façon tangible, que tu prévois faire?

FrankyBgood: Comme si tu l’savais pas!

FrankyBbad: Ah, c’est ça, tu veux pas l’dire?

FrankyBgood: J’veux tellement le dire justement, que je vais en écrire toutes les étapes et leur progrès sur ce blog…ça t’en bouche un coin hein mon bouché?

FrankyBbad: Ouen, on verra ben!

FrankyBgood: Homme de peu de foi! Veux-tu gager?

FrankyBbad: J’gage pas contre toi mon maudit…quand tu te mets quelque chose dans ta criss de tête toi, tu peux faire n’importe quoi! Dis-moi pas que tu recommences à croire à l’amour mon tabarnak!

FrankyBgood: Hmmm…pas sûr que j’irais jusque-là! Ah pis oui tiens! Pourquoi pas? J’vais commencer par m’aimer moi-même de plus en plus…pis on sait jamais.

FrankyBbad: Bon, ok, j’me la ferme!

FrankyBgood: Tu fais bien parce que c’est moi qui contrôle! Tiens-toi bien, on fonce!

En finir

Pour se mettre dans l’esprit des Fêtes bien comme il faut, ce matin, j’ai le goût de vous parler de…suicide!

« Ben voyons Frank, kossé ça? Parler de suicide pour se mettre dans l’esprit des Fêtes? Tu dérailles? »

Euh bien, non justement. Ne savez-vous pas que le temps des Fêtes est le temps de l’année où il y a le plus de suicides? C’est pourtant simple. Quand on est rendu au bout du rouleau, quand il ne nous reste plus rien, quand on ne trouve pas de façon de s’en sortir même chez nos proches…et que partout on nous parle de joie et d’amour et de tous ces artifices du temps des Fêtes, c’est particulièrement difficile à vivre. D’autant plus que c’est aussi la saison des bilans! La saison des Bye-Bye….alors c’est aussi la saison du Grand Bye.

« Criss Frank, t’es pas lâche à ce point-là! »

J’ai très souvent entendu des gens se demander si le suicide était l’ultime acte de courage ou de lâcheté. À mon avis, réduire le suicide à cette simple question est un indice clair d’incompréhension du phénomène et du chemin qui y mène mais aussi d’une grande méconnaissance du niveau de détresse qu’on doit atteindre.

Un des aspects très pénible de mes années passées au Nunavik était relié au taux de suicide près de 8 fois plus élevé là-bas que dans le reste du pays. Je me souviens de 4 jeunes que j’ai bien connus qui sont passés aux actes, dont 2 de mes anciens élèves. Un de ceux-là était d’une intelligence rare et avait même gradué. Je n’ai pas envie ici de faire le procès des conditions de vie au Nunavik poussant les jeunes Inuit au suicide…sachez seulement que le niveau de détresse y est extrême. Je voulais simplement vous dire que j’ai bien connu…

Mais aussi…je voulais vous parler de moi. Comme plusieurs personnes, il m’est arrivé à quelques reprises au cours de ma vie de passer par des périodes pénibles et de lâcher un ptit: « Si ça continue d’même, j’va m’crisser en bas du pont! » ou « J’va m’tirer une balle! » pour exprimer ses états d’âme. Dans 99% des cas, ce ne sont que des expressions pour imager le fait qu’on est à boutte. Mais une chose demeure…je crois que quiconque a déjà passé par des bouts particulièrement pénibles a pensé au suicide…évidemment à différents degrés sur une échelle extrêmement large.

Pour la très grande majorité des gens, l’idée effleure l’esprit et disparaît aussitôt. Pour une petite minorité, l’idée perdure, on se surprend à jongler avec les raisons pour et contre. Pour une minorité encore plus petite, l’idée est constante, elle revient à tous les jours, on pense même à la façon, au comment. Encore plus petit comme groupe, il y a ceux qui font une tentative très clairement organisée de façon à ce que ça ne fonctionne pas…comme l’ultime appel à l’aide. Puis, finalement, il y a les autres…ceux qui passent à l’acte de façon claire et décisive.

« Calvaire Frank, pourquoi tu parles de ça aujourd’hui? Vraiment pas jojo! »

Ben justement. Je ne veux pas ici tomber dans le mélodrame ou faire pitié ou me faire dire des « je t’aime » par çi par là à cause de ce billet mais je tenais à écrire pour moi, à ME dire que j’y ai pensé trèsssss souvent en 2009. Je n’hésite pas à le dire, 2009 a clairement été la pire année de ma vie…et j’y ai pensé beaucoup plus qu’à n’importe quel autre moment de ma vie.  Et je n’ai pas envie d’épiloguer sur mes raisons…il y en a plusieurs et personne ne les connait toutes mais elles sont bien réèlles.

« Bon, ok Frank, ben c’est quoi ton but là à matin d’abord? Exorciser tes démons? »

Hmmm, oui, peut-être. Mettre tout ça par écrit, c’est aussi la façon d’y mettre de la perspective…pour le futur. Car finalement, qu’est-ce qui m’a arrêté? Je suis certain que plusieurs vont penser: « Ah, il a dû trouver Dieu! ».  Oh boy! De grâce, n’arrivez pas à cette conclusion car c’est justement le contraire. J’assume pleinement mon athéisme et c’est une des grandes raisons pour laquelle je ne passerai très probablement jamais à l’acte: si je crois fermement qu’il n’y a rien après la vie…si la fin est vraiment la fin…j’aime mieux vivre les quelques choses que j’ai encore le goût de vivre!

« Pis les personnes qui t’aiment Frank…tu y a pensé? »

Oui oui, évidemment. Mais pas nécessairement de la façon qui vous vient en tête. On entend souvent des choses du genre: « Tu peux pas faire ça aux personnes qui t’aiment, ça va les démolir. »  Bien que je comprenne l’idée générale…la tristesse qu’on leur fait vivre et surtout le sentiment de culpabilité inévitablement infligé aux proches, je ne peux m’empêcher de penser qu’il doit y avoir un peu de manque d’humilité, voire même de condescendance dans ça. Je crois justement que la personne qui se suicide n’a tellement plus aucune estime de soi qu’elle ne peut pas croire que des gens de son entourage en seront atteints à un tel point.

Finalement, ce que j’ai envie de ME dire ce matin c’est que malgré le temps des Fêtes et particulièrement l’esti de Crissmas, malgré le sérieux coup de barre que j’ai besoin de donner pour ma santé en particulier, malgré la famille complètement fuckée, malgré tout ça, il y a trop de personnes et de choses que j’aime profondément, trop de rêves inassouvis…je veux vivre! J’ai encore l’espoir(putain d’espoir des fois!) en moi. Fuck mon passé, vive le présent et l’avenir. Bonne année 2010 mon Frank! Fait ce qu’il faut pour que tu renaisses.

J’vous souhaite plein de petits bonheurs chers lecteurs…car les grands sont trop rares. Joyeuse renaissance!