Livre: Ma vie au Nunavik (19)

Internet Haute vitesse!!!

Vendredi 16 octobre 1998 : Il n’y a pas d’accès internet dans le labo d’informatique de l’école. Comme mon modem a été pulvérisé dans le transport de mes effets personnels par les douillets manutentionnaires d’Air Inuit, je me retrouvais jusqu’à aujourd’hui sans internet ni évidemment accès à mes courriels.

C’est totalement par hasard que j’ai réussi à trouver une solution. Comme je suis le seul qui semble posséder les connaissances informatiques nécessaires, j’ai joyeusement (sic) été élu responsable du labo. En fin d’après-midi aujourd’hui j’ai décidé d’explorer le contenu d’une grande armoire au fond du labo que je n’avais pas osé ouvrir depuis le mois d’août.

À première vue, elle ne contenait que de vieux logiciels du genre DOS2.0 et un paquet de fils de connexions LPT et quelques autres antiquités. Mais en fouillant un peu plus, j’ai trouvé un peu d’espoir…un vieux modem externe 14.4!!! Je l’ai donc mis dans mon sac pour vérifier chez-moi s’il fonctionnait encore.

J’arrive chez-moi, branche le tout…la lumière s’allume, c’est déjà bon signe. Puisque j’avais un abonnement annuel à mon ISP de Montréal, j’avais toujours la possibilité de m’y brancher…évidemment par interurbain! Je programme donc ma connexion et je me lance…CONNEXION ÉTABLIE À 3.2 KBs!!! Ouch!

J’ouvre mon « inbox »…RECEIVING MESSAGE 1 OF 235…oops!

Comme mon plan interurbain comporte 800 minutes par mois pour 20$ et que chaque minute additionnelle me coûte $0.30, va falloir que je compte mes affaires pour ne pas me ramasser avec une facture astronomique.

Après 2 heures de connexion, j’en suis rendu au 62e message sur 235…ouen…ya pas à dire, on nage vraiment en pleine haute-vitesse! Mais bon, si je veux être fonctionnel, va pourtant falloir que je la vide ma maudite boîte. Je laisse donc rouler pour les 4 heures suivantes avant de me coucher et j’en suis rendu au 203e message. Je ferai donc le reste demain matin.

Voilà une autre réalité assez particulière de la vie en région éloignée!

À suivre…

Livre: Ma vie au Nunavik (18)

Jaani

Jeudi 8 octobre 1998: L’école Arsaniq est habitée par une étrange créature, un personnage très particulier. Oh, il est totalement inoffensif, n’ayez crainte. Mais il est non seulement spécial dans son genre…il est unique! Son nom est Jaani et c’est le secrétaire de l’école.

Physiquement, Jaani rappelle Dany Devito. Mais ce n’est pas ce qui fait sa particularité. Jaani, qui est dans la quarantaine avancée, a compris tous les principes de conservation de l’énergie qui ont été si primordiaux à ses parents et ancêtres qui vivaient dans la toundra à longueur d’année. Mais imaginez maintenant ces principes pour quelqu’un qui travaille dans une école…

Premier exemple : son bureau est à quelques 5 mètres du salon du personnel où sont les pigeonniers de tous les employés. Les noms de ceux-ci sont indiqués par des petits bouts de papiers imprimés et qui sont collés avec du ruban et qui doivent être changés périodiquement en raison du roulement de personnel et du fait qu’ils sont en ordre alphabétique. Or, notre cher Jaani imprime ses petits bouts de papier, s’équipe de ciseaux et de ruban, s’assoit bien confortablement sur sa chaise à roulettes et…roule jusqu’aux pigeonniers! Oui oui…il part de son bureau bien assis sur sa chaise, traverse le corridor, arrive aux pigeonniers, fait les petits changements de noms et retourne ensuite en roulant devant son ordinateur sans pour autant se lever de sa chaise ne serait-ce qu’une seule fois. C’est quand même extraordinaire comme conservation d’énergie!

Deuxième exemple : quand il reçoit un appel pour un membre du personnel, plutôt que d’appeler aux différents postes où la personne pourrait se trouver, il décide de crier à travers son bureau de façon à ce que toute personne présente au salon du personnel l’entende, tout ça en espérant que la personne en question soit là ou que quelqu’un d’autre se charge de la trouver!

Les exemples sont multiples. Mais bien d’autres choses font de Jaani un être surprenant. On pourrait penser qu’un secrétaire d’école est bien occupé, mais dans une école d’une grandeur semblable, il semble que le temps soit long…en fait les trois tâches les plus exigeantes de Jaani sont de jouer au Scrabble sur son ordi, faire pèter les bulles de « papier à bulles » mais surtout…faire le ménage constant de son nombril à travers le trou de tous ses Tshirts qui sont spécifiquement conçus à cet effet!

Mais ne vous trompez pas, Jaani est un être très cultivé car il lit constamment les grandes œuvres de la littérature américaine. En effet, il a tous les numéros des Archies, Betty et Véronica et autres Jughead!

Jaani parle très rarement. Impossible de discuter avec lui. Il est évident qu’il est surtout gêné mais il arrive qu’il vienne vers vous sans aucune autre raison que de vous dire une blague de son cru…blague qu’il a longuement mûrie pendant son dernier épisode de ménage de nombril.

Malgré tout ça, Jaani est très sympathique. Il a un petit quelque chose qui fait qu’il est impossible de lui en vouloir ou de ne pas l’aimer.

Au fond, il doit être un grand incompris…un philosophe qui ne vit qu’intérieurement   🙂

À suivre…

Livre: Ma vie au Nunavik (17)

King  Jimmy

Mercredi 7 octobre 1998 : Mon Jimmy m’en fait vraiment baver de plus en plus. Il m’a pèté toute une coche aujourd’hui. Il dérangeait toute la classe avec ses jokes, se levait tout le temps pour aller voir ce que les autres faisaient, je lui disais constamment d’aller s’asseoir, de travailler, etc.

Après 20 minutes de ce petit jeu, j’en ai eu assez. “Jimmy, si ça ne te tente pas d’être ici et de travailler et que tu veux juste déranger les autres, va donc déranger les caribous dans la toundra!”

Oh boy! Le Roi Jimmy ne l’a pas trouvé drôle! Les papiers et livres ont r’volé, il a lancé sa chaise sur le mur, ramassé ses pénates et s’est dirigé tout droit vers moi. Comme j’étais entre lui et la porte de la classe (chose à ne pas faire), je me suis tassé et il est sorti en baragouinant quelque chose en Inuktitut. J’ai compris plus tard qu’il avait comparé votre humble serviteur à un muscle sphincter du bas du corps…Honnêtement, comme il a déjà 19 ans le ptit Jimmy…bon débarras. À un moment donné, l’intégrité et le bien de la classe doivent primer.

On verra bien s’il reviendra et surtout dans quel état d’esprit.

À suivre…

Livre: Ma vie au Nunavik (16)

Tuques et manteaux

Vendredi 25 septembre 1998: Si je vous disais « les Inuit sont frileux » vous me traiteriez probablement de niaiseux. Pourtant, en observant les habitudes, c’est ce qu’on pourrait penser à l’occasion.

En effet, depuis mon arrivée ici, et surtout dans ma classe, je remarque que tous les élèves insistent pour garder leur manteau (Parka, Attigi ou Amauttiq) et leur tuque (Nassaq) sur eux même dans l’école, pendant les cours. Et là attention, ce n’est vraiment pas parce qu’il fait froid dans l’école. Je suis en manches courtes, il fait 22-23 degrés facilement et personnellement, je n’ai pas besoin de bouger beaucoup pour avoir chaud.

Alors, comme on dit « c’est quoi l’buzz? ». J’ai beau me creuser les méninges, je ne trouve pas d’explication. On pourrait penser que ce sont seulement les filles adolescentes qui sont gênées par leurs changements physiques liés à la puberté mais non, les gars aussi font ça et les plus vieux également. 

Pourtant, ils ont dû comprendre depuis longtemps que d’avoir chaud en dedans est la meilleure façon d’avoir froid une fois dehors!

Pour la tuque, à la limite, je pourrais comprendre pour ceux qui sont en plein « bad hair day » mais le manteau lui?

Est-ce que c’est un restant de l’époque des igloos où on gardait facilement nos vêtements avant de se coucher sous les peaux?

Vraiment, c’est une énigme…que j’entends bien résoudre un jour!

À suivre…

Livre: Ma vie au Nunavik (15)

Pool d’hockey

Jeudi 24 septembre 1998 : J’ai toujours été un maniaque de pools d’hockey que j’organisais avec mes chums du Sud. D’ailleurs, je poursuis toujours l’aventure avec eux. On devrait faire le repêchage en fin de semaine avec moi au téléphone bien-sûr. Il était donc normal que je veuille en organiser un ici aussi d’autant plus que les Inuit sont maniaques du hockey. J’ai donc monté une petite structure simple et affiché le tout à l’école, à la Coop, à l’aéroport, au Northern, au bureau municipal et évidemment à l’aréna!

Ça m’a d’ailleurs fait subir les foudres de Chris qui trouvait que je lui pilais sur les orteils. Il est vrai que j’aurais pu demander au monde s’il en existait un ici mais comme je n’avais rien vu d’affiché avec un mois à faire avant le début de la saison de la LNH, je me suis lancé. Le repêchage en question vient juste de se terminer.

 

J’ai réussi à avoir 14 participants : Guylaine, Carlos, Jaani, Charlie, Sheona, Lukasi, Tracey, Pierre, Taqa, Patrick, Roland, Chris, Annick et moi. Quand même pas mal pour une première du genre. Nous avons tous mis 20$ et ça donnera 168$ au premier, 84$ au deuxième et un beau 28$ au troisième. Bon, ce n’est pas avec ça qu’on va contrer les effets du pouvoir d’achat nordique mais ça agrémente les matchs qu’on peut regarder à la télé et évidemment, ça nous donne d’excellentes occasions de tirage de pipe!

 

Nous devions tous choisir 12 joueurs, 6 avants, 4 défenseurs, 1 gardien et un substitut qui pouvait être de n’importe quelle position. Seuls les 10 meilleurs pointeurs de notre équipe compteront pour le classement, laissant ainsi la chance d’être dans la course malgré une blessure majeure à un de nos joueurs.

 

J’ai eu la chance de choisir 14e!!! Bon, pour ceux qui connaissent les pools, si on ne choisit pas 1er, il est souvent mieux de choisir dernier en première ronde puisque ça implique qu’on choisit aussi 15e (1er de la 2e ronde) et donc qu’on fait toujours 2 choix d’affilée. Ça permet de voir venir les choses et de ne pas prendre de chance qu’un joueur en particulier sera disponible lors de notre prochain choix.

 

Puisque j’ai une grande histoire avec Joe Sakic, je me suis garoché dessus à mon 1er choix. Oui oui, il y a des malades qui l’ont laissé passé en pensant faire mieux avec un gardien comme premier choix. J’en suis bien heureux! Surtout que j’ai eu le plaisir de le côtoyer quelques heures en 1995 avant leur déménagement au Colorado L

 

On verra bien ce que ça va donner mais je suis bien content de mon équipe.

À suivre…

Livre: Ma vie au Nunavik (14)

Skidoo-dlidoo

Samedi 19 septembre 1998 : Bon, c’est fait. Je me suis arrangé avec mon père et Contant Skidoo à Laval pour qu’ils me mettent ma nouvelle fusée MxZ jaune sur l’avion le plus tôt possible. Comme le budget est assez limité de ce temps-là, j’ai dû m’en remettre à acheter uniquement un 440 mais ça va faire la job quand même. C’est assez surprenant tout de même, dans un milieu comme celui-ci, que cette petite fusée sera la motoneige la plus rapide du village. Je m’attendais à voir des 700 ou des 800 ici…mais non. Tant mieux, ma réputation de courseur ne s’en portera que mieux!   😉

 

Jacques, le mari de Véro, a également utilisé la même méthode mais il a dû se limiter encore plus : il a mis sur le même avion, un joli petit tape-cul Bravo de Yamaha. Je ne suis pas certain qu’il sache dans quoi il s’embarque…voyez-vous, le Bravo n’a pratiquement aucune suspension, on est assis à 12 pouces du sol pis Jacques doit bien mesurer 6 pieds…il va avoir les genoux dans le guidon, c’est certain! Mais bon, budget oblige, c’est mieux que rien.

 

Ça risque de prendre quelques semaines avant de les recevoir puisque Air Inuit va vouloir les mettre tous les deux dans le même avion et que ça prend pas mal de place. Bon, ya pas encore assez de neige de toute façon alors, on les prendra quand ils arriveront.

 

J’ai hâte!

À suivre…

Problème d’éthique

Quand j’ai commencé à écrire mes aventures au Nunavik il y a près de 12 ans, j’étais loin de me douter ou même de penser un jour les publier, que ce soit sur un blog ou encore moins en livre. J’écrivais donc alors les noms complets de toutes les personnes impliquées, ce que j’ai continué à faire dans mes fichiers personnels.

Mais, comme vous avez pu le constater, je n’ai donné, pour l’instant que les prénoms des personnes qui sont rencontrées dans la version blog de mon livre. Évidemment, pour les personnes elles-même, il est facile de se reconnaître…mais aussi pour plusieurs personnes impliquées de près dans l’histoire. Et là, le problème d’éthique se pointe à l’horizon.

Voyez-vous, en écrivant mes histoires comme je le faisais, je tenais à garder l’authenticité au maximum et que ce soit, à la limite, un document « historique » sans aucune censure. Il faut comprendre que même dans mes rêves, je ne voyais pas plus loin que d’imprimer mes histoires à quelques-uns de mes proches, une fois la rédaction terminée. Et ça n’aurait pas présenté de problème.

Mais voilà…il y a des « chapitres » qui s’en viennent qui sont particulièrement directs, crus, critiques, intimes, accusateurs, révélateurs, pour un auditoire averti, etc. Je vous le répète…je n’ai fait AUCUNE censure dans ma version personnelle…Et continuer à utiliser les vrais noms, ne serait-ce que les prénoms, n’est probablement pas très recommandable. Mais d’un autre côté, il me semble que ça perd de son authenticité…suis-je déjà rendu trop loin pour commencer à modifier les noms? Devrais-je sauter par-dessus ces chapitres pour ce blog?

Vos commentaires sont les bienvenus car….comment dire sans bruler de punch….la publication en format « livre » est peut-être plus proche qu’on pourrait le penser  😉